Parabole des aveugles
—The blind leading the blind
2023 - 2019 / Dimensions variables. SLS, résine, acrylique, polyuréthane, silicone, acier, vidéo, Raspberry Pi, écran 4", eau, impression jet d'encre.Photo 2,3 © Alexandra de Cossette
La Parabole des aveugles de Chedly Atallah revisite sa propre expérience de la révolution tunisienne dont il a été témoin en 2010-11. Dans une parabole où nous sommes invités à nous placer à notre tour comme témoin, le film se compose d'images d'archives qui questionnent l'accumulation des images et leur traitement pour écrire l'histoire et par qui. Retravaillées avec le violet, utilisée par Ben Ali pour sa propagande qu'il a lui-même préalablement volé au parti islamique, et le jaune qui fait écho à l'oeuvre de Luis Borges, Le livre de Sable. En effet, la plaque adjacente au mur emprisonne un texte de braille fait de silicone plié, alors impalpable et extrait du même livre dont voici un extrait :
"'Vous cherchez ?»Oui. Quand tu auras mon age, tu auras perdu presque complètement la vue. Tu ne verras que du jaune, des ombres et des lumières.
Ne t'inquiète pas. La cécité progressive n'est pas une chose tragique. C'est comme un soir d'été qui tombe lentement."
C'est notamment à partir de ce texte que Chedly
Atallah élabore son concept de rétinopathie urbaine, selon lequel l'accumulation historique, urbaine, architecturale (...) dans la ville contribue à une cécité partielle de celle-ci et une forme nouvelle de perception. Le titre La Parabole des Aveugles est emprunté à l'œuvre historique de Pieter Brueghel, spoliée pendant la seconde guerre mondiale, puis restituée. L'artiste s'en empare pour réévaluer le glissement d'un monde vers un autre. Si la destruction-déconstruction en fut une étape, elle n'en est pas la seule issue mais au contraire, comme une étape vers le retournement des polarités pour laquelle il faut oeuvre à l'écriture et à la déconstruction des strates qui la façonnent.
2021
—Chloé Bonnie More